Mission « Jeanne d’Arc » 2017 [vi]

Le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Mistral et la frégate Courbet viennent de réaliser une série d’exercices avec la marine australienne en mer de Timor. Ces activités complètent la longue tournée en Asie-Pacifique de la mission « Jeanne d’Arc », qui a entre autres amené les deux bâtiments à effectuer une escale à Ho Chi Minh-Ville du 15 au 21 avril 2017. Le groupe fait désormais route vers Singapour, où se tiendra, du 2 au 4 juin, le dialogue du Shangri-la. Ce forum annuel est consacré aux questions de sécurité en Asie-Pacifique. Les ministres de la défense de nombreux Etats y participeront, dont la ministre française des armées, Mme Sylvie Goulard. Il s’agira de la première participation de Mme Goulard à ce dialogue, prenant ainsi le relai de Jean-Yves Le Drian, dorénavant ministre des affaires étrangères.

La France dispose de forces permanentes de souveraineté dans ses territoires d’Outre-mer de la zone Antilles-Caraïbes au Sud de l’océan Indien et dans le Pacifique. Ces derniers lui confèrent plus de 80% de sa zone économique exclusive (ZEE), soit plus de 9 millions de km2. Plus d’1,5 millions de citoyens français vivent sur ces territoires et près de 140.000 d’entre eux résident dans les pays de l’Asie-Pacifique.

Le théâtre Pacifique est un espace de coopération régionale où la France tient un rôle politico-militaire majeur à travers sa présence en Nouvelle-Calédonie (FANC) et dans les collectivités de Polynésie française et de Wallis-et-Futuna (FAPF). Au total, 2 300 militaires, permanents ou en mission de courte-durée, permettent d’assurer la protection des ressortissants français, le respect de notre souveraineté et des intérêts nationaux. En entretenant des relations internationales militaires avec leurs partenaires régionaux, les forces françaises contribuent à la stabilité régionale et peuvent être amenées à intervenir aux côtés des États insulaires – en coordination avec les autres partenaires majeurs de la région : Australie, États-Unis, France et Nouvelle-Zélande forment le Quadrilateral Defence Coordination Group (le Quad). Les dialogues et entraînements réguliers entre ces quatre nations permettent également de mieux coopérer pour assurer les missions respectives de souveraineté. Cette coopération militaire est la clé de voûte de l’architecture régionale de soutien aux États insulaires du Pacifique, notamment dans les domaines de la sécurité maritime, la protection des ressources, la lutte contre les trafics et lors des missions d’aide aux populations.

Cette coopération régionale est une déclinaison de la politique globale de la France. Fondée sur la défense de ses intérêts stratégiques dans le cadre d’un ordre international fondé sur le droit, conditionnée par les caractéristiques de la zone et les moyens disponibles, elle est un outil diplomatique et militaire essentiel qui s’appuie sur les pôles de stabilité que sont les collectivités françaises du Pacifique.

La France, comme ses voisins dans le Pacifique, est exposée à des menaces contre ses intérêts propres. L’exemple récent des incursions de navires de pêche étrangers dans les eaux françaises et australiennes a conduit Paris et Canberra à coopérer davantage encore pour intercepter les contrevenants. Cette coopération fonctionne également très bien, principalement avec les États-Unis, dans l’Est du Pacifique. Elle a permis de nombreuses interceptions de trafiquants de drogue au large de la Polynésie française.

Les zones de responsabilité des commandements Français dans le Pacifique sont largement maritimes. À l’exception de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, tous les États océaniens sont insulaires. La problématique des frontières terrestres, si importante dans la plupart des régions du monde – qu’il s’agisse de leur délimitation ou de leur défense – n’est pas ici un sujet de conflit, malgré quelques contentieux sur la souveraineté de certaines îles. L’attention porte plutôt sur la maîtrise des espaces maritimes et de leurs ressources. Là encore, à l’inverse de ce qui existe ailleurs, nombre de ces États se caractérisent par de faibles superficies terrestres et d’immenses ZEE. Pour surveiller et protéger ces espaces, la plupart des petits États manquent de moyens et comptent sur le soutien de l’Australie, des États-Unis, de la France et de la Nouvelle-Zélande.

Les patrouilleurs de certains États insulaires du Pacifique sont aussi invités par la France à participer à l’exercice Croix du Sud, organisé tous les deux ans en Nouvelle-Calédonie, afin d’améliorer leur niveau de préparation opérationnelle. Les membres du Quad effectuent enfin au profit de l’Agence des Pêches du Forum des îles du Pacifique (FFA) des missions de surveillance, principalement aéromaritime, qui complètent utilement celles que les petits États effectuent en mer pour eux-mêmes et leurs voisins.

La France joue également un rôle majeur en matière de secours humanitaire lors des catastrophes naturelles. Dans le Pacifique Sud, l’Australie, la France et la Nouvelle-Zélande ont conclu en 1992 un accord « sur la coopération en matière d’assistance en cas de catastrophe naturelle dans le Pacifique Sud », plus connu sous le nom d’accord FRANZ, permettant une coordination des opérations de secours afin d’optimiser l’emploi des moyens opérationnels disponibles au profit des États insulaires de la région régulièrement frappés par des tempêtes tropicales ou des cyclones. Depuis la conclusion de cet accord, les Forces armées de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française ont participé à une trentaine d’interventions humanitaires à la suite de catastrophes naturelles dans la région. C’est aujourd’hui une mission régulière des forces françaises du Pacifique, amenée à se répéter avec une fréquence accrue compte tenu des changements climatiques qui génèrent des cyclones plus nombreux et plus fréquents (cyclones Ian en 2014, Pam en 2015, Winston en 2016 et Donna en 2017, pour ne prendre que les cas récents).

La prise en compte des conséquences de ces changements climatiques constitue désormais un volet important de la politique de défense française. La France joue un rôle de premier plan au niveau international dans ce domaine, non seulement au titre de sa présidence de la COP21, qui a abouti à l’entrée en vigueur, en un temps record, de l’Accord de Paris, mais aussi pour avoir lancé un nouveau cycle de conférences internationales sur le climat et les enjeux de défense, au niveau ministériel, auquel les pays d’Asie-Pacifique ont été largement associés.

La France contribue à la sécurité régionale et participe au développement des capacités de défense et de sécurité de la région Pacifique, en général, et de plusieurs États océaniens, en particulier. La coopération avec les partenaires sécuritaires majeurs de la zone est primordiale pour maintenir la stabilité indispensable au développement de la région, pour soutenir les États aux moyens plus limités et pour traiter efficacement les menaces communes.

JPEG

publié le 12/07/2017

Haut de page