Portraits : les chercheurs et des enjeux de la recherche scientifique au Vietnam

Une trentaine de chercheurs français sont présents de façon permanente au Vietnam et travaillent sur des projets couvrant une grande diversité de domaines : géographie, anthropologie, agro-écologie, océanographie, santé... Avec leurs partenaires vietnamiens, ils mènent une coopération scientifique toujours plus poussée, sur le terrain, pour faire face aux défis communs comme la lutte contre le changement climatique, l’émergence de maladies infectieuses ou la pollution de l’environnement. Voici une série de portraits pour vous apprendre à les connaître et mieux saisir les enjeux de leurs recherches.

Des spécialistes de l’agroécologie pour affronter le défi environnemental et climatique

L’agronomie, plus spécifiquement, l’agroécologie, cet ensemble de pratiques agricoles respectueuses des écosystèmes, sont des thématiques centrales dans les recherches réalisées par les scientifiques du Centre international de recherche agronomique pour le développement (CIRAD). Elles permettent de penser des modèles de culture plus durables et plus résilients pour faire face aux conséquences du changement climatique.

Jean-Philippe Deguine, chercheur en agroécologie

L’intensification agricole, la multiplicité des échanges et le réchauffement climatique poussent les agriculteurs vietnamiens à utiliser de plus en plus d’engrais et de pesticides. Or, la santé des sols se dégrade, la biodiversité s’érode. C’est ce qui inquiète Jean-Philippe Deguine, chercheur en agroécologie au CIRAD, qui conduit des recherches pour favoriser la durabilité écologique des systèmes agricoles à La Réunion dans un premier temps, puis Asie du Sud-Est aujourd’hui. Dans le cadre du projet STAR-FARM, visant à proposer une agriculture résiliente au changement climatique dans le Delta du Mekong, coordonné par l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et financé par l’Union Européenne, Jean-Philippe Deguine se consacre à la protection agroécologique des cultures, qui recouvre l’ensemble des pratiques agricoles basées sur les principes de l’agroécologie, respectueuses des écosystèmes et des saisonnalités. Pour remplacer les pesticides, le principal enjeu est de favoriser la biodiversité et la santé du sol. Par exemple, Jean-Philippe Deguine propose, à travers ses études en partenariat avec l’Université de Can Tho, d’insérer de la diversité végétale dans les parcelles cultivées pour offrir des habitats aux insectes utiles qui combattent les insectes nuisibles, ravageurs des cultures.

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Didier Lesueur, chercheur en microbiologie des sols

L’agriculture intensive, avec l’utilisation massive d’engrais chimiques et l’expansion de monocultures, met à rude épreuve la biodiversité des sols, et toute la faune qui la compose. Les agriculteurs vietnamiens en sont les premières victimes, et sont confrontés à une baisse de la fertilité des sols avec l’augmentation des populations de parasites et autres maladies dans leurs champs. Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir sortir de ce modèle de production pour privilégier une gestion plus agroécologique, et donc plus durable pour leurs exploitations. Didier Lesueur, chercheur en microbiologie des sols du CIRAD, travaille avec ses partenaires nationaux au Vietnam pour trouver des solutions afin de restaurer ces sols très dégradés. Ses travaux de recherche reposent essentiellement sur les principes de l’agroécologie, en combinaison avec l’utilisation de biotechnologies microbiennes comme les bio-inoculants. Au sein de la plateforme commune de biotechnologie microbienne de l’Institut vietnamien de génétique agricole (AGI), du Centre international d’agriculture tropicale (CIAT), du CIRAD, et l’université australienne de Deakin, Didier Lesueur et ses collègues supervisent des étudiants nationaux et internationaux qui effectuent des recherches pour permettre aux agriculteurs de réduire leur dépendance aux engrais et aux pesticides, au profit d’un système agricole efficace et écologiquement durable.

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Mélanie Blanchard, chercheuse en science animale

La consommation de viande bovine au Vietnam est en augmentation depuis 30 ans. Or, souvent isolés, les éleveurs de bœuf et de buffles des montagnes du Nord-Ouest ne profitent pas toujours de cette demande locale en augmentation. Mélanie Blanchard, chercheuse en science animale au CIRAD et animatrice de la plateforme Agroécologie en Asie du Sud Est (ASEA), s’attache à comprendre les pratiques des éleveurs et à rechercher des innovations pour améliorer ces pratiques d’élevage ainsi que les revenus des petits producteurs. Par ailleurs, elle consacre une partie de ses recherches à étudier la relation entre l’élevage et l’agroécologie en Asie du Sud-Est. L’agroécologie, c’est-à-dire une agriculture plus respectueusement de l’environnement, est une des réponses face aux enjeux de développement durable. La filière doit alors repenser l’élevage à toutes les échelles (troupeau, ferme, territoire) et en prenant en compte divers acteurs (autorités locales, coopératives d’éleveurs et éleveurs…).

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Pascal Lienhard, agronome

L’agriculture vietnamienne se trouve à la croisée des chemins, entre poursuivre le modèle d’intensification agricole actuel basé sur les approches de la révolution verte (semences améliorées, utilisation importante et croissante d’engrais et de pesticides) ou investir dans des modèles alternatifs, pour allier performance et durabilité socio-économique et environnementale, et ainsi favoriser la résilience dans un contexte d’aléa climatique grandissant. L’agroécologie, qui promeut la biodiversité dans les systèmes agricoles et alimentaires, apparaît comme une approche prometteuse mais qui nécessite d’être adaptée pour les différents agroécosystèmes de la région. La mission de Pascal Lienhard, agronome au CIRAD, est d’accompagner les agriculteurs et autres acteurs désireux de s’orienter vers des modèles plus respectueux de l’environnement et de promouvoir plus globalement la transition agroécologique au Vietnam. Au sein du projet ASSET, Transitions agroécologiques et des systèmes alimentaires en Asie du Sud-Est, en partenariat avec l’ONG française GRET, Pascal Lienhard est en charge d’appuyer la production de connaissances et les innovations agroécologiques locales, comme par exemple les systèmes agro-forestiers, associant café et fruitiers dans la province de Dien Bien, qui permettent de réduire les risques climatiques et économiques, et d’apporter une meilleure protection contre les impacts du gel, les ravageurs et les maladies des cultures, ainsi qu’une réduction de l’érosion des sols.

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Repenser l’agriculture et les circuits d’approvisionnement

La production et la distribution alimentaire sont bouleversées par l’explosion démographique d’une part et l’accroissement des flux internationaux d’autre part. L’étude de ces évolutions marchandes est portée par les scientifiques du Centre international de recherche agronomique pour le développement (CIRAD) qui cherchent à assurer exigence sanitaire, durabilité et préservation environnementales.

Michaël Bruckert, géographe

Au Vietnam, la population urbaine connaît une croissance de 3% par an, un des taux les plus élevés d’Asie du Sud-Est. Hanoi intramuros compte aujourd’hui plus de 3.6 millions d’habitants. Alors que les villes s’étendent, les terres agricoles reculent. Les circuits d’approvisionnement alimentaire évoluent et les systèmes agricoles se transforment en conséquence. Comment organiser la production et la distribution alimentaires pour nourrir ces villes en pleine croissance ? Michaël Bruckert, géographe au CIRAD, travaille sur les connexions entre producteurs et consommateurs. Au Vietnam, avec la plateforme Malica, il s’intéresse au rôle de l’agriculture périurbaine, des infrastructures et des marchés (marchés de gros, marchés en ligne, vente de rue, etc.) pour répondre aux enjeux de durabilité environnementale, de justice sociale et de sécurité sanitaire dans les systèmes alimentaires urbains.

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Estelle Biénabe, chercheuse en économie

Le poivre et le café vietnamiens s’invitent sur les étals des marchés français et européens. Pour parcourir tout ce chemin, de Hanoï à Paris, les producteurs de la filière de poivre, par exemple, doivent composer avec une multitude de préoccupations, telle que l’exigence sanitaire. Les filières agricoles tropicales sont chamboulées par des flux commerciaux plus denses et plus intenses, en même temps que par une volonté grandissante d’inclure le développement durable. Estelle Biénabe, chercheuse en économie au CIRAD, s’intéresse aux restructurations des filières tropicales, telles que celles du café, du poivre ou bien des noix de cajou, au Vietnam. Elle se penche sur les transformations des chaînes de valeur, qui valorisent la qualité des produits et soutiennent la durabilité des territoires de production, ainsi que sur leur cadre institutionnel pour concilier les réponses aux enjeux environnementaux (locaux et globaux) et le développement rural inclusif en Asie du Sud-Est. Elle étudie à la manière dont ces filières peuvent assurer une rémunération plus juste des acteurs, la gestion durable des ressources naturelles et la dynamisation du développement local.

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Pierre Marraccini, chercheur en physiologie

Avec le réchauffement climatique, la culture du café pourrait être significativement réduite d’ici 2050 dans les pays producteurs de la zone intertropicale. Des pluies torrentielles, une hausse des températures et de fortes sécheresses menacent ces cultures. Or, elles sont un enjeu économique et social majeur pour le Vietnam, deuxième exportateur mondial de café, produit principalement par de petits exploitants. Pierre Marraccini, chercheur en physiologie moléculaire, s’intéresse, avec ses partenaires, à la tolérance des caféiers aux stress environnementaux ainsi qu’à la qualité des grains de caféiers dans différentes régions du monde, comme au Cameroun, au Nicaragua, ou au Vietnam. Au sein du projet de recherche européen BREEDCAFS, coordonné par le CIRAD, il étudie la résilience et les performances agronomiques de nouveaux hybrides d’Arabica cultivés en système agroforestier, qui se définit par l’association d’arbres et de cultures ou d’animaux sur une même parcelle. Dans les provinces vietnamiennes de Son La et Dien Bien, il observe avec les caféiculteurs la manière dont ces nouvelles variétés s’adaptent aux changements climatiques et à l’agroforesterie, qui serait un moyen de promouvoir une production plus durable tout en augmentant la qualité à la tasse du café produit localement.

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Chloé Batie, chercheuse vétérinaire épidémiologiste

Comment réduire l’utilisation d’antibiotiques dans l’élevage de volailles au Vietnam ? L’utilisation massive d’antibiotiques favorise le développement de bactéries résistantes, pouvant impacter la santé humaine, animale et environnementale. C’est une problématique que Chloé Batie, chercheuse vétérinaire épidémiologiste au CIRAD, s’attache à résoudre au sein du projet européen Roadmap, en collaboration avec des instituts de recherche vietnamiens. A la rencontre des acteurs de la filière de volailles, les éleveurs, les vendeurs de poulets, ou encore les vendeurs de médicaments, elle récolte des informations sur le terrain. Elle analyse au sein des différents types d’élevage, intensifs, semi-intensifs et familiaux, l’utilisation d’antibiotiques, et elle élabore une cartographie des acteurs de la chaîne du médicament vétérinaire. Enfin, elle identifie les innovations mises en place dans les petits et moyens élevages pour réduire l’utilisation d’antibiotiques. Ses études visent à élaborer avec ces différents acteurs des solutions adaptées, au Vietnam, pour réduire l’utilisation d’antibiotiques.

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Clément Rigal, agronome

Les cultures du poivre et du café représentent un enjeu économique et environnemental considérable au Vietnam, pour lesquelles il est respectivement premier et deuxième producteur mondial. Sur les hauts plateaux du centre, Clément Rigal, chercheur en agronomie, arpente les champs de caféiers et de poivriers. Au sein du projet « Vers la durabilité des filières café et poivre au Vietnam », cofinancé par le CIRAD et l’ACIAR, il cherche à réduire l’utilisation d’eau et d’engrais de ces systèmes agricoles très intensifs. Il étudie par ailleurs comment améliorer ces pratiques agricoles en mélangeant différentes cultures au sein d’une même parcelle. Dans un réseau de parcelles paysannes situé dans les provinces de Dak Lak, Dak Nong, et Gia Lai, il compare ainsi l’efficacité d’utilisation de l’eau et des engrais, l’état de santé du sol, le rendement et la qualité des fruits issus des parcelles en monoculture à ceux issus de parcelles mélangeant les cultures du poivre et du café à des arbres fruitiers tels que l’avocatier et l’anacardier.

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Comprendre les sociétés

Les chercheurs français au Vietnam, de l’Institut de recherche et de développement (IRD) et de l’Ecole français d’Extrême Orient (EFEO), travaillent de pair avec leurs collègues vietnamiens pour étudier et comprendre l’histoire, les langues et les dynamiques culturelles et sociétales au Vietnam.

Philippe Le Failler, historien

54 ethnies sont dispersées du Nord au Sud du Vietnam. Avec des langues, des coutumes et des cultures différentes, elles s’intègrent progressivement dans l’idée de nation, autour de laquelle le Vietnam se construit depuis des siècles. Philippe Le Failler, historien, s’intéresse depuis de nombreuses années aux différentes ethnies frontalières du Vietnam, telles que celles du Nord-Ouest, les Thai, les Muong ou encore les H’Mong. Au sein de l’EFEO, il a observé et étudié les marches montagnardes du bassin de la rivière Noire, ainsi que les pétroglyphes de Sapa qu’il a recensés avec le service culturel de la province de Lào Cai. Au cœur de sa recherche, Philippe Le Failler analyse le cadre des relations entre Hanoï et les zones frontalières et cherche à définir l’évolution des rapports interethniques ainsi que le processus d’intégration à la nation des régions périphériques.

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Olivier Tessier, anthropologue

Les fleuves du Vietnam, le Mékong et le fleuve Rouge notamment, jouent un rôle prépondérant dans l’organisation sociale, économique et culturelle des populations. Leurs transformations, que ce soit sous l’effet de la montée des eaux ou de la construction de multiples barrages en amont, orientent et bouleversent les modes de vie de millions d’hommes et de femmes. C’est ce qui intéresse tout particulièrement Olivier Tessier, anthropologue à l’EFEO. Depuis 2019, avec ses collègues de l’Institut de Recherche et de Développement, il étudie les dynamiques d’adaptation des populations aux dérèglements climatiques dans le delta du Mékong au sein du projet GEMMES, « Impacts socio-économiques du changement climatique au Vietnam et stratégies d’adaptation », lancé dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. Au travers d’une étude de terrain menée dans la province de Bến-Tre, il analyse la manière dont les agriculteurs et les autorités locales font face aux aléas climatiques (salinisation et sécheresse). Il espère que ses recherches participeront à l’élaboration de stratégies d’adaptation aux impacts de dérèglements climatiques que l’on observe déjà dans les domaines de l’agriculture, des migrations, ou des infrastructures.

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Sylvie Fanchette, géographe

Avec une population de plus de 96 millions d’habitants, qui devrait avoisiner les 120 millions d’habitants d’ici trente ans, le Vietnam fait face à une urbanisation rapide ainsi qu’aux effets néfastes du changement climatique. Sylvie Fanchette, géographe, directrice de recherche à l’IRD, s’intéresse à l’urbanisation dans les régions fortement peuplées en Asie. Elle cherche notamment à comprendre les relations villes-campagnes à travers l’étude du recyclage des déchets urbains dans les villages artisanaux et des migrations des collecteurs. Au sein du projet RecycurbsViet, avec l’Université d’Architecture de Hanoï, elle se penche sur ce système de collecte et de recyclage informel, dans la ville de Hanoï. Elle étudie ce système informel, efficace mais problématique sur le plan environnemental et social, pour voir comment la municipalité de Hanoï peut mettre en place une politique de gestion des déchets plus adaptée au contexte d’absence de système formel de recyclage et de collecte tout en offrant de nombreux emplois aux populations d’origine rurale.

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Emmanuel Pannier, anthropologue

Les échanges interpersonnels, non marchands tels que les dons ou les dettes, occupent une place centrale dans la société vietnamienne. C’est à partir de cette hypothèse qu’Emmanuel Pannier, anthropologue au sein de l’unité de recherche "Patrimoines Locaux, Environnement et Globalisation", affecté à l’Université des Sciences Sociales et Humaines de Hanoi, élabore les fondements de ses travaux. Il s’intéresse ainsi à la circulation non marchande de biens et des services (échanges cérémoniels, tontines, entraide agricole, offrandes, etc.), aux réseaux de relations qui les portent et aux changements sociaux et environnementaux au sein des populations rurales. Dans le cadre du projet GEMMES-VN, financé par l’Agence Française de Développement, Emmanuel Pannier coordonne une équipe franco-vietnamienne pour étudier les perceptions qu’ont les populations des aléas climatiques, et le rôle que les réseaux interpersonnels jouent dans les stratégies d’adaptation. Ses enquêtes de terrain se déroulent dans les régions du delta du Mékong, de Thua Thien Hue et de Lao Cai.

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La santé, un domaine majeur de la coopération franco-vietnamienne

La santé est une priorité de la coopération bilatérale franco-vietnamienne, en particulier dans le domaine de la formation des médecins. Avec l’Agence Nationale de Recherches sur le Sida (ARNS), l’étude et la recherche de solutions face aux maladies infectieuses sont également au coeur de la coopération scientifique franco-vietnamienne.

Delphine Rapoud, chercheuse en santé publique

Au Vietnam, les usagers de drogues injectables, telle que l’héroïne, sont très touchés par le VIH et l’hépatite C. A Hai Phong, où travaille Delphine Rapoud, 30% d’entre eux sont infectés par le VIH, 70% par le virus de l’hépatite C. Souvent stigmatisés, et isolés, ils rencontrent des obstacles pour accéder au diagnostic et au traitement. Delphine Rapoud cherche, avec ses collègues vietnamiens, français et américains, à mesurer l’ampleur des épidémies de VIH et d’hépatite C au Vietnam et à y mettre fin. Dans le cadre du programme DRIVE (Drug use & infections in Vietnam), mené avec le ministère de la santé vietnamien et l’université de Médecine et de Pharmacie de Hai Phong, cofinancé par l’ANRS, l’Institut national de la santé américain et le Fonds Mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, elle met en place et évalue des actions de dépistage, d’accompagnement et de suivi dans les soins, de prévention et de réduction des risques, avec l’aide d’associations d’usagers de drogues et de personnes vivant avec le VIH. Delphine Rapoud coordonne par ailleurs une stratégie de prise en charge des troubles mentaux grâce à la mise à disposition de psychiatres, gratuitement, dans les centres associatifs.

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L’air, le sol et l’eau, éléments fragilisés par la pollution plastique et atmosphérique

Cette immersion dans la coopération scientifique entre la France et le Vietnam nous amène à découvrir le travail des scientifiques de l’IRD pour faire face aux enjeux et aux défis communs que doivent affronter nos sociétés. Parmi ceux-ci, au premier plan : les conséquences du réchauffement climatique.

Emilie Strady, chercheuse en géochimie du milieu aquatique

Plusieurs millions de tonnes de déchets plastiques sont rejetées dans la mer chaque année en Asie du Sud-Est : c’est un énorme défi environnemental pour le Vietnam et pour la région. Emilie Strady, chercheuse française en géochimie du milieu aquatique, travaille au centre Asiatique de recherche sur l’Eau à Ho Chi Minh Ville, depuis 2015. Elle concentre ses recherches sur les microplastiques et les macroplastiques en milieu aquatique (lacs, rivières, estuaires, mer) pour comprendre les causes et les circuits de cette pollution. Dans le cadre du projet Compose financé par la France, elle essaye avec ses collègues vietnamiens de mesurer précisément cette pollution, et de mettre en place un suivi long terme de la pollution plastique au Vietnam. Ses travaux permettent d’informer les citoyens et d’aider les décideurs publics à lutter contre ce phénomène.

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Xavier Mari, océanographe

La pollution de l’air tue près de 7 millions de personnes chaque année, dont environ 60 000 personnes au Vietnam en 2018, majoritairement dans le delta du fleuve Rouge. Avec la croissance économique et démographique, la pollution atmosphérique aux particules fines ne fait qu’augmenter. Il s’agit d’un défi tant sur le plan de l’environnement que sur le plan de la santé publique que les pays d’Asie du Sud-Est doivent affronter. Xavier Mari, océanographe-biogéochimiste à l’IRD, s’attache depuis de nombreuses années à déterminer les sources et les flux de ces particules fines, en collaboration avec des chercheurs vietnamiens. Il cherche notamment à décrire leur impact sur les organismes marins et sur la capacité de l’océan à réguler la concentration en CO2 et donc le climat. Xavier Mari est responsable du Groupement de Recherche International-Sud : Impact du Black Carbon en Asie du Sud-est, qui regroupe des scientifiques de 5 pays d’Asie du Sud-est et de 8 pays Européens.

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Sylvain Ouillon, océanographe

Le vent, la pluie, et le gel impactent notre environnement : ils arrachent des petites particules, parfois des fragments de roche, qui voyagent par la suite vers les deltas ou le long des côtes. L’océanographe Sylvain Ouillon étudie sur le terrain les transports de ces sédiments, avec l’appui de la télédétection, c’est-à-dire la mesure à distance des phénomènes étudiés, et des modèles numériques. Il varie les échelles temporelles et spatiales dans ces analyses pour mieux comprendre les équilibres sédimentaires et les processus hydro-sédimentaires qui gouvernent le transport des particules. Il arpente les côtes vietnamiennes ainsi que les deltas du fleuve Rouge et du Mékong, pour analyser ces zones menacées par la montée des eaux, qui entraine la salinisation ainsi que l’érosion des berges. Par ailleurs, il dirige le département eau-environnement-océanographie de l’université franco-vietnamienne USTH et son programme de master.

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Marc Descloitres, géophysicien

L’activité humaine en constante augmentation fragilise les eaux souterraines du Vietnam. Leur gestion durable est un défi pour une société dont l’agriculture repose aussi sur l’utilisation de cette ressource en saison sèche. Marc Descloitres est géophysicien spécialiste de la prospection de l’eau souterraine, affecté à l’Université Technologique d’Ho Chi Minh ville, et directeur scientifique du Centre Asiatique de Recherche sur l’Eau. Il quantifie les eaux souterraines et estime leur vulnérabilité face à des menaces telles que la montée du niveau de la mer, qui favorise la salinisation, les pollutions, ou encore la surexploitation des nappes, provoquant l’affaissement des terres. Ses travaux se concentrent actuellement sur la zone de Cu Chi au nord d’Ho Chi Minh Ville qui pourrait être une future « zone refuge » pour les populations d’HCMV, à mesure que la ville fait face à la montée du niveau des océans et devrait affronter de plus en plus d’inondations d’ici 2050. Par ailleurs, il forme une équipe vietnamienne de recherche et d’enseignement à l’hydrogéophysique.

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Nicolas Bottineli, chercheur écologue

Avec plus de 240 espèces de vers de terre, certains mesurant jusqu’à 70 cm, les sols vietnamiens sont parsemés de galeries et de déjections. Ces petits ingénieurs du sol jouent un rôle essentiel dans la fertilité des sols. C’est ce que Nicolas Bottinelli, écologue du sol à l’Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de l’IRD, observe depuis 2010. Il cherche à mieux comprendre l’impact des vers de terre sur la dynamique de l’eau, de l’érosion et de la matière organique dans les sols tropicaux. Depuis 2020, il coordonne le projet PRECIOUS dont l’objectif est de fournir une clé d’identification des groupes de vers de terre afin d’estimer leurs effets sur les transferts d’eau dans les sols. En étudiant divers assemblages de vers de terre, Nicolas Bottinelli analyse notamment leur complémentarité pour faire face à l’impact d’événements extrêmes (pluies de mousson et sècheresse) sur la dynamique de l’eau.

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L’intelligence artificielle, simuler des scenarios pour y répondre

Toutes décisions politiques pour répondre aux défis auxquels font face nos sociétés nécessitent des données et des études de terrain. L’intelligence artificielle et la modélisation informatique sont un excellent outil de simulation permettant d’anticiper certains scenarios.

Alexis Drogoul, chercheur en informatique

Comment comprendre, mesurer et anticiper l’impact d’aménagements urbains sur la pollution atmosphérique, telle que la fermeture de certaines routes autour du lac Hoan Kiem à Hanoï les weekends ? C’est un des scénarios que s’applique à analyser, Alexis Drogoul, chercheur en informatique et représentant de l’IRD au Vietnam, grâce à l’intelligence artificielle. Concepteur de la plateforme de modélisation GAMA, Alexis Drogoul aide ses collègues chercheurs français et vietnamiens d’autres disciplines à comprendre les dynamiques qui résultent de l’interaction entre phénomènes sociaux, environnementaux ou biologiques, dans un espace défini, et à différentes échelles, grâce à la modélisation. Ses travaux permettent par exemple de faciliter la concertation autour d’enjeux territoriaux liés à l’usage de ressources partagées ou à l’émergence de changements environnementaux : stratégies d’évacuation lors d’inondations à Da Nang ou Hanoi, mécanismes d’adaptation face à la salinisation des eaux dans le Delta du Mékong, importance de l’environnement et de la morphologie urbaine dans les épidémies de grippe aviaire, de dengue ou de COVID-19.

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Patrick Taillandier, chercheur en informatique

Quel est le point commun entre la gestion d’une inondation ou l’évacuation d’un bâtiment en feu ? Ces deux situations font appel à la prise de décision et à la gestion des risques durant lesquelles interviennent des dimensions cognitives, sociales et émotionnelles. Patrick Taillandier, chercheur en informatique au sein de l’IRD et de l’Université de Thuy Loi, cherche à comprendre ces dimensions à travers la modélisation des comportements humains. Les simulations informatiques sont très utilisées pour la gestion des risques telles que les inondations ou encore les épidémies. Avec la création de la plateforme Gama, il peut simuler des exemples très concrets de gestion des risques et analyser plusieurs scénarios. Ses travaux permettent notamment d’étudier les conséquences inévitables du réchauffement climatique.

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Arthur Brugière, chercheur en informatique

L’épidémie de COVID-19 a donné lieu à des interventions différentes selon les pays. Le Vietnam a très tôt opté pour une politique "zéro COVID" et complètement fermé pour trois semaines les communes où ont été détectés les premiers cas en mars 2020. La compréhension de l’impact et de l’efficacité de ces mesures pour contrecarrer la propagation du virus, enjeu majeur de santé publique, intéresse particulièrement Arthur Brugière, chercheur en informatique à l’IRD, qui s’applique à les modéliser et à les simuler, à partir de données géographiques, démographiques et épidémiologiques, sur la plateforme GAMA. Son approche permet la généralisation de ces modèles à différentes échelles (villes, provinces, pays) et différents contextes (géographiques, épidémiologiques, ou politiques), ouvrant ainsi la voie à une évaluation de la pertinence et à une comparaison fine des politiques de santé publique entreprises dans différents pays.

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publié le 07/09/2021

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