Projet Hy Vong : Au Vietnam, la jeunesse mobilisée contre les violences faites aux femmes [vi]

L’association française Batik International a lancé le projet Hy Vong (« Espoir ») au Vietnam, en collaboration avec plusieurs partenaires locaux, pour lutter contre les violences faites aux femmes. Son objectif : prendre en charge et protéger les victimes, mais aussi prévenir ces violences et sensibiliser les Vietnamiens, notamment grâce à la formation d’étudiants aux questions de genre et de vulnérabilité.

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Le projet « Espoir », « Hy vong » en vietnamien, a été initié en 2020 par l’association française Batik International, en partenariat avec Planète Enfants & Développement (PE&D), le Centre d’études et de sciences appliquées sur le genre, la famille, la femme et l’adolescent (CSAGA) vietnamien et le Centre vietnamien de soutien aux initiatives de développement communautaire (SCDI). Financé en partie par l’AFD, avec une subvention de 450 000 euros, ce projet vise à lutter contre les violences faites aux femmes à travers quatre grands axes :

  • la prévention via l’engagement de la jeunesse
  • la protection des victimes en renforçant les procédés actuels de prise en charge
  • le plaidoyer pour promouvoir l’égalité femmes-hommes et l’intensification des actions de la société civile via l’échange d’expériences
  • le partage de méthodologies entre les quatre associations concernées

« La nouveauté de ce projet, c’est qu’il mobilise des étudiants issus de cinq universités de Hanoï autour de micro-projets sur la thématique des violences faites aux femmes. A la fin du premier cycle, qui s’est déroulé en 2021, le taux d’étudiants sensibilisés à cette thématique est passé de 10 % à 60 % », précise Thu Hang Nguyen, chargée de projets chez Batik International au Vietnam.

Les clubs d’étudiants, acteurs du changement

Les jeunes des universités rejoignent en effet des clubs d’étudiants (comme les « Changemakers » de l’Université du Transport et des Communications à Hanoï), où ils sont formés sur les sujets liés aux violences faites aux femmes et à l’égalité de genre. Ils suivent aussi des cours sur la gestion de projets afin de mener des micro-projets de sensibilisation du grand public, qu’ils montent ensemble : expositions de photos, débats avec des experts, séminaires, concours de création d’affiches et d’écriture…

« Les étudiants se sentent également plus confiants pour porter les sujets de lutte contre ces violences au sein de leurs communautés, poursuit Thu Hang Nguyen. Ils prennent conscience de la gravité du problème et des défis posés par l’accompagnement des victimes ». Le projet devrait permettre de former 360 étudiants aux questions de genre et de vulnérabilité.

Agir face à des chiffres préoccupants

En 2019, dans le cadre d’une enquête nationale sur les violences faites aux femmes, 62,9 % des femmes vietnamiennes déclaraient avoir subi au moins une forme de violence dans leur vie (physique, sexuelle, économique et/ou psychologique) par leurs conjoints ou partenaires.

Néanmoins, l’écrasante majorité d’entre elles, 90,4 %, ne déclare pas ces faits, ni ne demande de l’aide aux autorités compétentes. Ces chiffres sont révélateurs des problèmes d’accès aux services de protection pour les victimes, mais aussi des contraintes culturelles qui maintiennent les victimes dans le silence : 49,7 % des femmes qui n’ont pas demandé d’aide expliquent qu’elles pensaient que « la violence était normale ou pas grave ». La sensibilisation est donc un axe d’action majeur.

Un fléau amplifié par la pandémie de Covid-19

Le nombre de cas de violences faites aux femmes a considérablement augmenté pendant la pandémie de Covid-19. A Hô Chi Minh Ville, un centre d’accueil de jour pour femmes et filles victimes de violences a reçu deux fois plus de personnes pendant cette période. Un constat partagé par le CSAGA, qui a enregistré un nombre record d’appels liés aux violences domestiques sur sa hotline dédiée en 2020 (2 600 appels en 2020 contre 1 500 en 2019).

Or, en raison du confinement strict et des règles de distanciation sociale, les autorités et organisations locales ont rencontré de grandes difficultés pour répondre aux demandes.

Les premiers résultats porteurs d’espoir du projet Hy Vong

Le bilan du premier cycle des clubs d’étudiants sur l’année 2021 est encourageant. A Hanoï, par exemple, 76 étudiants de l’université ont rejoint un club, cinq micro-projets de sensibilisation ont été mis en place par les étudiants, atteignant environ 500 personnes qui partageront à leur tour leur savoir autour d’elles.

Concernant la protection des victimes, Hy Vong permettra de soutenir 2 450 victimes de violence, notamment grâce à ces différentes actions :

  • la réhabilitation du centre d’accueil de jour de Hô Chi Minh Ville, menée par PE&D et le SCDI
  • la création récemment, en collaboration avec ONU Femmes, d’un guichet unique (« One-stop center ») réunissant tous les services d’accompagnement des victimes en un même lieu
  • le renforcement de la ligne téléphonique d’urgence développée par le CSAGA

Enfin, 2 000 membres de la société civile seront sensibilisés à l’égalité femmes-hommes via des formations, des séminaires, des échanges et des ateliers.

L’engagement de l’AFD pour le genre

Le groupe AFD est engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes et pour la promotion de l’égalité femmes-hommes. Son approche « Genre et développement » vise à une répartition plus équitable des ressources et des opportunités et à renforcer l’égalité en termes de participation et de leadership pour un développement plus juste entre les femmes et les hommes.

Pour ce faire, l’AFD prend en compte les inégalités de genre dans chacun de ses programmes de financement afin de proposer des réponses sur mesure pour améliorer l’intégration des femmes. En tant qu’agence féministe, son rôle est d’engager un dialogue avec ses partenaires sur ces questions clés et de co-construire une compréhension mutuelle des inégalités de genre afin de proposer des solutions communes.

publié le 07/03/2022

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